Pendant longtemps, on a cru que le jeu était une sorte de pause entre les vraies affaires de la vie d’enfant. Un moment pour souffler entre deux apprentissages sérieux.
Sauf que le cerveau de l’enfant n’a jamais signé ce contrat-là.
En réalité, les neurosciences du développement sont assez claires. Le jeu n’est pas une distraction. C’est le mode principal d’emploi du cerveau en construction. Et honnêtement, il est plutôt efficace.
Le cerveau de l’enfant apprend en jouant, même quand ça ressemble à du grand chaos
Le cerveau de l’enfant ne se développe pas en restant assis à écouter des explications bien structurées. Il apprend en bougeant, en expérimentant, en répétant et en jouant.
Le jeu active directement les zones liées aux fonctions exécutives, soit tout ce qui est très utile pour survivre à une matinée du lundi :
- mémoire de travail
- contrôle de soi
- flexibilité mentale
- planification
Ces fonctions se développent principalement dans le cortex préfrontal, et elles ne se construisent pas à coups de rappels répétés du type «dépêche-toi».
Elles se construisent dans l’action, souvent bruyante, parfois illogique, mais très efficace pour le cerveau.
Le jeu imaginaire est une salle de simulation très sérieuse, même si personne n’a l’air sérieux
Quand un enfant joue au docteur, au magasin ou qu’il transforme le salon en jungle sauvage, il ne fait pas semblant de réfléchir.
Il est en plein entraînement intensif.
Le jeu symbolique développe :
- la mémoire de travail, parce qu’il faut suivre une histoire
- la flexibilité cognitive, parce que les règles changent toutes les 12 secondes
- l’autorégulation, parce que même les pirates doivent attendre leur tour
- l’empathie, parce que les toutous ont des émotions très importantes
Les études en développement cognitif montrent que ce type de jeu est directement lié à de meilleures capacités d’adaptation et de résolution de problèmes.
Autrement dit, quand votre enfant parle à son dinosaure invisible pendant le souper, il n’est pas dans son monde. Il est en plein apprentissage actif.
L’imaginaire aide à construire les compétences de la vraie vie
Le cerveau adore les histoires. C’est probablement pour ça que les enfants inventent constamment des scénarios dignes d’une série dramatique.
Elles entraînent l’enfant à :
- garder une idée en tête même quand quelqu’un crie dans la pièce d’à côté
- s’adapter quand le scénario change sans préavis
- contrôler ses impulsions, même quand c’est difficile
- organiser ses actions sans plan imprimé
Bref, tout ce qu’on lui demandera ensuite… au moment où il devra mettre ses chaussures.
Le jeu n’est pas une option bonus dans le développement de l’enfant
Les recherches en neurosciences sont assez unanimes sur un point. Le jeu n’est pas un luxe éducatif.
C’est un mécanisme fondamental du développement.
Et plus un enfant joue dans des contextes riches, plus il développe ses capacités d’adaptation, de pensée flexible et de régulation émotionnelle. Ce qui est plutôt pratique quand on veut éviter les crises pour une chaussette mal positionnée.
En conclusion, le jeu n’est pas une pause dans l’apprentissage. C’est l’apprentissage lui-même, déguisé en chaos organisé.
Et si parfois on a l’impression que l’enfant “ne fait rien de productif”, il y a de bonnes chances qu’il soit en train de construire les bases de toutes les compétences qu’on lui demandera plus tard.
Même si ça ressemble surtout à une guerre mondiale entre dinosaures et coussins du salon.
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